Décès de Jean Ferrat...

Publié le par MusicBlock

L'artiste Jean Ferrat nous a quitté ce samedi. Retour sur la vie d'un artiste engagé :

Compagnon de route du PCF sans jamais en avoir été membre[8], il a finalement pris ses distances avec Moscou. Dans la chanson Camarade, il dénonce l'invasion russe de Prague en 1968. Opposé à l'orientation pro-soviétique prise à l'issue du vingt-troisième congrès du Parti communiste en 1979, il fustige dans la chanson Le bilan, la déclaration de Georges Marchais, secrétaire général du PCF qui a évoqué en 1979 un bilan globalement positif[9] des régimes dits socialistes. Il apporte néanmoins son soutien à Georges Marchais lors des élections présidentielles de 1981, expliquant quelques années plus tard, dans la chanson Les cerisiers (1985), les raisons pour lesquelles il est demeuré fidèle à la mouvance communiste[10].

Il accuse le système commercial qui fait passer les considérations financières avant l'art des artistes créatifs. Publiant des lettres ouvertes aux différents acteurs de la vie culturelle, présidents de chaînes, ministres, il dénonce une programmation qui selon lui privilégie les chansons « commerciales » plutôt que les créations musicales et poétiques[11].

Il était membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie internationale de la promotion d'une culture de non-violence et de paix[12].

Jean Ferrat, dès ses débuts, oriente son inspiration dans deux directions : l'engagement social (il est proche du PSU puis du Parti communiste français) et la poésie. « Je ne chante pas pour passer le temps ». Ferrat a mis en musique de nombreux poèmes de Louis Aragon, et a tout au long de sa carrière cherché à donner à ses chansons une signification militante derrière le texte populaire.

Il évoque, à une époque où cela est encore dérangeant, la déportation. Sa chanson Nuit et brouillard est déconseillée de passage sur les radios et la télévision[13], mais le public suit, et l'album Nuit et brouillard obtient le prix de l'Académie Charles-Cros.

Il chante dans La montagne l'Ardèche, région chère à son cœur, et fait de cet hommage à la France paysanne un de ses plus grands succès. Il s'installe à Antraigues-sur-Volane, qu'il ne quittera plus, y devenant même plus tard conseiller municipal.

Il a été proche des idées du Parti communiste français, mais jamais encarté et reste cependant critique envers l'URSS, notamment lors du printemps de Prague. Avec son ami Georges Coulonges, il y préfère la révolte des humbles, des simples gens ; il sera encore une fois interdit de télévision.

Après un voyage à Cuba qui le marque profondément et d'où il rapporte ses célèbres moustaches[14], c'est Mai 68 et ses événements qu'il vit intensément. Jean Ferrat retourne à sa passion pour la poésie; il met en musique Louis Aragon d'une façon magistrale.

Dans les années 1970, Jean Ferrat se fait plus rare, chaque nouvel album est un véritable événement et ses chansons sont commentées comme de véritables prises de position intellectuelle. Il affectionne les chansons qui font passer des messages forts tout en reposant sur un texte subtil et imagé au point d’en devenir parfois allégorique.

Durant ces années-là Ferrat fustige les guerres coloniales dans Un air de liberté, attaquant nommément Jean d'Ormesson, éditorialiste au Figaro, et suscite encore la polémique.

Dans la chanson Un jeune, un an après l'accession de Valéry Giscard d'Estaing à la Présidence de la République, Ferrat se moque des jeunes militants du parti politique présidentiel, les Républicains Indépendants.

Il est encore une fois en phase avec son temps, rappelant, dans La femme est l'avenir de l'homme, la proximité entre deux importants combats révolutionnaires : la lutte sociale et la lutte féministe en plein essor[15].

Polygram rachète son catalogue à la fin des années 1970. Désireux de ne pas dépendre de la major, il entreprend de réenregistrer tous ses titres et sort une compilation de 11 volumes en 1980. Le nouvel album qu'il sort alors fait sensation et reflète le recul de plus en plus grand qu'il prend vis-à-vis de l'URSS, ainsi que sa dénonciation du stalinisme (voir les paroles de la chanson Le bilan (1980)).

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